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Bembeya Jazz
Issu des groupes régionaux désirés par le président Sekou Touré, le Bembeya Jazz est rapidement devenu le groupe favori des guinéens dans les années '60 et '70. Après deux décennies de quasi-silence, le Bembeya Jazz revient avec un dynamisme propre à décrocher un succès international. Lorsqu'en 1958, la Guinée a acquis son indépendance, son président, Sekou Touré, a voulu que le pays retrouve une identité culturelle forte et moderne. Entre autre mesure, il décréta que chacune des 33 préfectures devait se munir d'un ballet de danse traditionnelle, d'un théâtre, d'un ensemble folklorique et d'un orchestre. C'est dans ce contexte, et sous la houlette d'un entrepreneur nommé Emil Condé, qu'est né à Beyla, ville proche de la Côte d'Ivoire, l'orchestre Sylli Jazz qui, en 1959, empruntant le nom donné à la rivière locale, allait devenir Bembeya Jazz. L'originalité du Bembeya est de mélanger des mélodies de griots retranscrites pour des guitares électriques avec des rythmes inspirés par la rumba zaïroise et la musique cubaine, le tout tonifié par la présence d'une section de cuivres formée au sein d'orchestre de marche militaire. En 1962, ils enregistrent un premier disque en bénéficiant du système d'enregistrement d'un américain d'origine arménienne nommé Leo Sarkisian, chargé par une compagnie hollywoodienne d'enregistrer de la musique pour le cinéma. A l'époque, les actuels batteur et guitariste, Conde Mory Kouyaté dit "Mangala" et Sekou "Diamond fingers" Diabaté faisaient déjà partie du groupe dirigé par Hamidou Diawiné. Par la suite, le groupe est rejoint par deux chanteurs et anciens charpentiers, Salifou Kaba Aboubacar Demba Camara, qui allait devenir une star adulée dans toute l'Afrique de l'Ouest, jusqu'à sa disparition en 1973. En 1964, un deuxième album voit le jour dans lequel Sekou Diabaté commence à utiliser une guitare hawaïenne et écrit le premier succès du groupe "Demba Tigala". La même année, ils partent à Cuba et jouent devant Fidel Castro. Fortifiés par le grand succès qu'ils remportent à la Havane, ils décident de se lancer dans différentes compétitions nationales de musique qui seront pour eux un tremplin. efficace et les fera rentrer dans le cercle très envié des orchestres nationaux rémunérés par l'état. En 1966, le groupe, devenu professionnel, s'installe à Conakry. A l'exception du vendredi, jour de rencontre de voisinage instaurée par le gouvernement et du lundi, le jour de repos, les musiciens se retrouvent chaque matin pour répéter et chaque soir pour jouer de vingt et une heure à deux heures du matin. Le morceau "Bembeya" qui ouvre leur nouvel album et présente de façon joyeuse l'orchestre est composé à cette époque. En 1968, à l'occasion d'une cérémonie célébrant le retour des corps des héros nationaux morts à l'étranger, le président Sékou Touré organise un vaste concours de chansons. Le Bembeya crée un morceau épique d'une demi-heure, mélange plusieurs récits de griots à la gloire de Almamy Samory Touré sur des arrangements dynamiques. "Regard sur le passé" remporte le premier prix et devient un énorme succès populaire. Durant les années soixante-dix la concurrence devient rude entre les différents groupes nationaux et, pour se démarquer, le Bembeya Jazz incorpore, en 1973, d'accortes danseuses et chanteuses afin de proposer un show spectaculaire. Mais, la même année, Aboubacar Demba Camara décède dans un accident d'automobile. Le groupe peine à se remettre du départ tragique de son chanteur qu'il remplace par Nagna Mory Kouyaté puis par Sekouba Bambino Diabaté. Le groupe se maintient en vie, mais, lassé par la vie de fonctionnaires musiciens et supplantés dans les cœurs des guinéens par des musiciens plus jeunes, le Bembeya Jazz accepte de prendre l'indépendance que leur propose Sekou Touré qui leur attribue des instruments neufs et un bar qu'ils nommeront "Bembeya Club". Peu de temps après, en 1984, la mort du président guinéen sonne le glas de l'âge d'or du groupe. En 1988, ils essaient de se mettre au goût du jour en incorporant synthétiseurs et boîtes à rythmes à leurs instruments habituels pour l'enregistrement de "Wa kélé". Le groupe s'égaye dans la nature et certains, comme Sekouba Bambino ou Sekou Diabaté, tentent des carrières solos alors que d'autres abandonnent la musique. En 1999, le gouvernement désirant fêter le centenaire de la mort de Samory Touré, incite le groupe à se reformer et le gratifie du titre de meilleur orchestre moderne du siècle. C'est alors qu'entre en scène Christian Mousset, le directeur du festival Musiques Métisses d'Angoulême décide de leur faire enregistrer un album pour son nouveau label Marabi et de les inviter à l'édition 2002 de son festival. "Bembeya" propose des enregistrements et compositions du répertoire qui a fait leur gloire et de nouveaux morceaux. Le retour du Bembeya Jazz s'effectue avec une poignée de vétérans et quelques jeunes recrues. Cette nouvelle formule, fidèle à l'esprit originel du groupe mais dynamisé par cette seconde naissance, remporte un grand succès auprès du public et des médias européens. Le Bembeya Jazz fait la une du magazine anglais "Froots" et il est nominé pour les "World Music Awards 2003" de la BBC. Il y a fort à parier que cette machinerie irrésistible sera à l'aube d'une nouvelle carrière qui, comme ils le chantent dans "Bembeya" sera glorieuse et internationale.
Benjamin MiNiMuM
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